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Lejeune : quelle histoire!  Envoyer
Le quatorze septembre 1931, une rumeur prétendant que le gouvernement prévoit interdire la colonisation du territoire situé à l’Est de la rivière Squatec parvient à l’oreille de l’abbé Léo-Pierre Bernier. Il n’en faut pas plus pour que le missionnaire réagisse illico. Ce jour-là il s’empresse de signer des permis d’occupation à un groupe de colons et les incite à traverser la rivière sur-le-champ.
Le lendemain, l’abbé Bernier reçoit une lettre officielle du gouvernement confirmant la rumeur mais il est trop tard. Les permis délivrés le jour précédent obligent le gouvernement à renoncer à sa décision et emmènent la résiliation du bail de la compagnie Fraser. En fait, ce stratagème entraînera des conséquences pour les colons qui devront faire preuve d’héroïsme pour maintenir la colonie en vie la première année.
 
L’abbé avait espéré reporter la colonisation du territoire après la période hivernale. La nécessité faisant loi, le courage des nouveaux habitants leur permettra d’ouvrir un chemin dans la forêt, de peaufiner l’accessibilité de certains portages, d’ériger un pont et de construire des maisons en bois rond.
 
Ces travaux de construction précipités devaient annihiler les arguments de la compagnie Fraser prétendant que les obstacles naturels de ce secteur étaient infranchissables interdisant toute possibilité de développement. Les premiers occupants du territoire de Lejeune formaient un groupe de quinze hommes. Dès l’automne, ils firent venir leurs familles.
 
On devine aisément que la vie de colon exigeait une santé robuste et un esprit presque chevaleresque. On imagine le quotidien de ces familles qui ont dû attendre dix-huit ans avant de bénéficier du service de l’électricité. Peut-être le chômage qui sévissait en 1931 a-t-il suffi pour insuffler la somme de bravoure essentielle à ces hommes et à ces femmes qui se sont installés en pleine forêt?
 
Pour construire ces habitations, il a fallu défricher, arracher à la terre ces racines opposant une féroce résistance. La construction du pont et l’ouverture des chemins sollicitant la collaboration de tous livrent un bel exemple de ce qu’on peut faire quand on se rassemble. C’est à l’impérative collaboration du milieu que l’on doit la notion de développement. Sans ces vigoureuses poignées de mains et cette organisation du tissu social, comment aurait pu survivre cette petite communauté aux épreuves qui l’attendaient?
 
Outre un constant combat livré à l’isolement, on a dû composer avec la précarité des moyens, les rigueurs de l’hiver, la maladie et parfois même la mortalité infantile… Il faut plus que du courage pour qu’une communauté traverse soixante-quinze ans d’histoire.
 
On comprend que la persévérance de chacun des Lejeunois, la solidarité du groupe et l’abnégation de certains et certaines visionnaires ont permis à ce village d’exister et de traverser le temps. Les membres de cette communauté peuvent s’enorgueillir de leur magnifique village et leur fierté rester intacte devant la fresque du passé.
 
On imagine ce tableau peint de la sueur des anciens, de leurs rires et parfois même de leurs larmes. Ils auront vécu dans des conditions pénibles, cravachant les obstacles et surmontant les innombrables difficultés qui jonchaient leur route. Le spectre de la crise économique que les premiers colons redoutaient a engendré ce village que l’espoir a construit. Une magnifique synthèse historique du Témiscouata a été publiée sous la direction de la Société d’Histoire et d’Archéologie du Témiscouata. Cet article s’appuie sur des faits véridiques qui y sont relatés.
 
Ces recherches mettent en lumière des événements qui expliquent la grandeur d’âme des gens d’ici, leur ténacité et leur regard tourné vers l’avenir. On sait que la connaissance de notre passé nous aide à mieux définir notre identité et à savoir vers quoi on se dirige.
 
Si l’histoire du Témiscouata repose sur la notion de chemins, de passages… Lejeune doit son existence en grande partie au courage des colons qui ont ouvert la voie par delà la rivière. À l’abri du doute, ils ont cru au développement et permis son avènement.
 
Bonne fête Lejeune!
 
Chantal Gélineau
Coordonnatrice au développement culturel
MRC de Témiscouata
 
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