« Le
Malécite était le type le plus accompli du type indien égal aux Romains par son
éloquence, sa bravoure et sa chevalerie [quoiqu’] il les surpassait par la
probité de ses mœurs. »
Abbé
Thomas Albert
Depuis des siècles et des millénaires, les Amérindiens ont habité le
territoire américain. Aujourd’hui, on en fait mention surtout lorsqu’il s’agit
de parler de contrebande ou de revendications territoriales. Comment si peu
reconnaître les vertus d’un peuple qui, comme nous, a lutté pour sa survie face
à l’envahisseur pour en ressortir peut-être affaibli, mais toujours vivant.
Les Malécites (ou Etchemins) forment la moins nombreuse et la plus
dispersée des nations autochtones de la province. Leur ferme résistance à la
sédentarisation les a fait s’isoler au sein de la population française plutôt
que se regrouper dans des réserves. C’est d’ailleurs pour cette raison que
« le peuple de la belle rivière » n’a été reconnu officiellement
comme nation qu’en mai 1989.
Jusqu’au XVIe siècle, les Algonquins habitèrent le
territoire qui allait devenir le Nouveau-Brunswick. Suivant les populations de
gibier et de poissons, une partie des leurs remonta le fleuve Saint-Jean
jusqu’à son embouchure, au lac Témiscouata, si bien qu’en 1632, mille d’entre
eux habitaient les environs (incluant les lacs des Aigles et Squateck). On
appela cette tribu les Madawaski, de la région Madoueskak où ils se trouvaient.
Ils développèrent un vaste réseau d’échanges avec les Iroquois, les Micmacs, de
même qu’avec les Montagnais de Tadoussac et, pour ce faire, créèrent ainsi un
sentier menant au St-Laurent : le Portage de Témiscouata. Ce chemin fut plus
tard bien utile aux Européens qui viendront explorer le territoire. Des
tensions entre les Français et les Etchemins apparurent pourtant, notamment à
cause du capitalisme marchand des nouveaux arrivants. Comme sur bien d’autres
territoires, l’excessive chasse au castor créa du mécontentement chez les
Amérindiens. Ces derniers eurent recours aux autorités provinciales en 1764 et
en obtinrent l’exclusivité de cette chasse pour la contrée s’étendant du
Grand-Sault au lac Témiscouata. Le Canada tombé aux mains de la Grande-Bretagne,
les autorités commencèrent à assigner aux Autochtones des territoires
déterminés. Puis arriva la Guerre
d’indépendance américaine, guerre dans laquelle les Malécites demeurèrent
neutres, ne favorisant moralement ni les Anglais ni les Français, repoussés
qu’ils étaient par ces deux peuples.
Le 25 mai 1827 restera une date marquante de l’histoire malécite; le
conseil exécutif du Bas-Canada concédait alors à ce peuple 100 acres de terres à
Viger. Environ 30 familles s’y installèrent, plusieurs s’étant déplacées vers
le fleuve à la fin du XVIIe siècle et occupant déjà ce secteur. Bien
que le gouvernement leur fournisse de quoi s’installer et cultiver le sol, les
Etchemins ne s’habituèrent pas à ce mode de vie si différent du leur. Ils
s’investirent plutôt dans le domaine forestier (coupe, drave et transformation
du bois). Sous les plaintes des Canadiens qui voyaient ces terres
non-exploitées, on les leur enleva en 1869. Conséquemment, la famine, la
tuberculose et l’alcoolisme se firent plus présent dans la communauté. Ce n’est
que six ans plus tard que le gouvernement leur attribue quelques lots du canton
de Withworth, près de Rivière-du-Loup, quoique ces terres fussent impropres à
l’agriculture. Les Amérindiens se déplacèrent donc un peu plus au nord et
s’établirent à Cacouna où ils furent encore davantage touchés par la pauvreté.
Ils y mirent leurs connaissances de la nature au service des Blancs : certains
en se lançant dans la fabrication de paniers, de raquettes et de mocassins; d’autres
louant leurs services comme guides de chasse ou de pêche; etc. Dispersés, ils
se mêlent peu à peu à la population. On en entendit très peu parler jusqu’à la
composition d’un conseil de bande en 1987. De là la naissance de la Première Nation
Malécite de Viger et leur reconnaissance légale. Elle compte aujourd’hui
environ 540 membres qui sont toujours présents à Cacouna et sur leur réserve de
Withworth. Une histoire et une culture uniques qui méritent d’être mieux
connues…
Isabelle Malenfant
Bibliographie
[Anonyme], À la
recherche du Témiscouata (s.l., s.n., s.d.), 212 p., p. 5-6.
BELZILE, Richard,
Présence amérindienne au Grand Lac Touladis (Montréal, Maîtrise de muséologie à
l’Université de Montréal, 1992), p. 6.
LAURENT, Jeannine
et Jacques ST-PIERRE, Sur les traces des Amérindiens (Québec, Les publications
du Québec, 2005), 207 p., p. XII et 6.
ROY, Sylvie, Le
Portage de Témiscouata (Cabano, Publication du Fort Ingall, 1981), 22 p., p. 1
et 6.
Société
d’histoire et d’archéologie du Témiscouata, Témiscouata,
synthèse historique (Québec, SHAT, 2001), 423 p., p. 17-19.
(Article paru dans Laïus, la revue du module d'histoire de l'UQAR, à l'hiver 2008, vol. 2, n. 1)